Marvejols Mende vécu de l’intérieur par Eric Agrinier

Ecrit par : Bernard Brun - Le 30 juillet 2014

Arrivé à Marvejols vers 8h, je ressens la fraicheur Lozérienne. Le soleil est radieux, il n’y aura pas de pluie, pas vent, c’est donc parfait pour les conditions météo.
L’échauffement se déroule au bord du stade, endroit tranquille que connaissent certains habitués. Puis l’heure du départ s’approche et j’entre dans le sas prévus pour les dossards préférentiels.
Les regards se croisent, la pression monte. On salue les copains. Mon coach, Bernard Brun est là, comme toujours. La poignée de main est franche, ses mots sont simples et sincères, comme d’habitude. Nous n’avons pas besoin de nous parler beaucoup, nous l’avons fait pendant la préparation et on se comprend tellement…

A 9h00, le départ est donné, les fauves sont lâchés. Les internationaux impriment une cadence folle, comme d’habitude : ne pas s’affoler, se placer et rester concentrer….la route sera longue…

Dans le faux plat montant vers le Goudard, les petits groupes se forment. Certains se parlent autour de moi, mais ce n’est pas en français…j’essaie de trouver mon rythme, mon tempo.

Le pied de Goudard se présente. Le rythme cardiaque va exploser, les muscles vont se tétaniser. Il faut trouver un nouveau rythme, ce que j’essaie de faire, comme tout le monde d’ailleurs. Les groupes se disloquent et je sens que je ne suis pas dans un très grand jour, mais j’avance en essayant de conserver une certaine allure. Je regarde le bitume, j’entends de temps en temps des « allez Eric »… mais je ne peux bien évidemment pas répondre. Je lève un peu la main en guise de remerciement.
Le première féminine me double! Et un peu après, la 2eme… je suis obligé d’admettre que je ne monte pas très bien. Cela m’agace mais il faut faire avec et s’accrocher.
Le col est là, avec son ambiance « tour de France », j’entends que je suis 48eme,46eme, 43eme…ce n’est pas très précis. Peu importe!
Je me lance dans la descente en essayant d’avoir un maximum de fluidité et de relâchement. Je reviens assez vite sur les féminines que je double avec une certaine facilité . Je double également d’autres coureurs.
Je sais aussi que c’est loin d’être fini et qu’il faut « en garder » car la partie suivante est compliquée.
Le faux plat montant vers Chabrits est terrible. Après la descente, les jambes ont du mal à tourner, la fatigue commence à peser. Il faut donc adapter un nouveau tempo. J’ai du mal, mais bizarrement, je ne suis pas rattrapé. Je me dis que finalement, tout le monde doit être dans le même cas. Vincent (D’Endurance Shop) est là, il m’encourage. Plus loin, ce sont les filles du Groupe d’entrainement (GBB)….ça fait plaisir, ça fait du bien.
Il faut monter Chabrits, pente plus douce mais je suis usé. Au mental, comme tout le monde, je grimpe, je souffre, mais je grimpe. Je ne suis toujours pas doublé. Il faut tenir car entrer dans le top 50 est toujours un repère sur cette course.
La dernière descente sur Mende est là! Il reste moins de 5kms! Je me sens vraiment cuit! Il va falloir donner les dernières forces car des coureurs se sont rapprochés. J’entends aux applaudissements des spectateurs qu’ils sont tout proches. J’essaie de me remobiliser et de relancer dans la grande descente finale.

Je suis doublé, mais je double aussi…j’aperçois Bernard Brun en bas, il m’encourage, je le vois flou.
Le rond point de l’entrée de Mende est là. Claude Razon me dit que je suis 42 eme! Finalement j’ai limité les dégâts…mais ce dernier kilo est terrible. Le public est nombreux, j’entends des cris, la musique…je souffre mais j’essaie de savourer ces moments…ma famille est là mais je n’ai plus la lucidité de la voir….le public nous porte.

Je passe la ligne, enfin. Un officiel me dit que je suis 41 eme. Je souris. Je suis épuisé et autour de moi, je ne vois que des athlètes épuisés….Derrière moi, la première féminine passe la ligne d’arrivée à son tour.

Je vais me ressourcer au ravitaillement, ma fille et ma femme me retrouvent, leurs sourires sont un réconfort. J’ai mal au ventre.

1h25’51″, ce sera mon chrono final, 41eme, 6eme vétéran, 10ème français et 1er régional.

Je ne suis pas totalement satisfait, j’espérais un peu mieux, je l’avoue. Mais avant la course, j’écrivais que l’on ne peut rien prévoir sur cette épreuve si particulière et si exigeante.
Dans tous les cas, je sais que j’ai tout donné et que Marvejols-Mende restera fidèle à sa réputation de « Course de légende »…

Eric Agrinier

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