J’adore Langlois!

Ecrit par : Bernard Brun - Le 24 septembre 2013

Du « Hollande bashing » … (4)

… et de ses raisons (les miennes).

Mais si, de tous ceux qui ont pris Mitterrand comme modèle (et ils sont nombreux !), François Hollande est sans doute le meilleur élève, son élection le prouve, il manque à notre actuel Président une dimension qu’il ne connaîtra jamais : celle que donne une vie confrontée au tragique de l’Histoire.

Il serait ridicule de lui en faire le reproche : question d’époque, de génération.

Nous autres, enfants de l’après-guerre, ne l’avons pas connue, par définition. Ni la situation humiliante du prisonnier, l’aventure intrépide de l’évadé du stalag ; ni celle du jeune loup dans une période salement ambiguë où il s’agit de choisir un camp … sans nécessairement rompre avec l’autre.

Ce vécu, qu’il partageait avec ces quelques-uns « qui l’appelaient François » et le tutoyaient, donnait au fondateur du parti d’Epinay (dont Guy Mollet, estomaqué par son culot, disait qu’il avait « appris à parler socialiste » …) une aura, une supériorité que nul ne s’avisait de lui contester [1].

Et puis, après cette longue marche traversée de tant d’épreuves où il avait vaincu et enfin porté son camp au sommet, il était plus que jamais intouchable : de ce côté-ci du marigot politique, on n’entrait pas dans la carrière sans se prosterner devant l’icône. Il fallut attendre Jospin pour qu’on osât parler d’inventaire ; ça ne lui avait pas réussi …

Hollande, qui par posture morale se réclame volontiers de Mendès, par réalisme bien compris s’applique à tout faire comme Mitterrand.

Comme lui, il entend avant tout ne pas se lier les mains et ne fait vraiment confiance qu’à quelques amis sûrs (de préférence éprouvés de longue date : d’où la bonne fortune d’une certaine promotion Voltaire) ; comme lui, l’ambiguïté est sa doctrine, l’imprécision sa méthode, le flou son élément. Et comme disait la grand-mère de la Martine : « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ! ».

Tant qu’il ne régnait que sur ce vieux parti vermoulu de la rue de Solférino, les esquives et pirouettes de l’inventeur des “trans-courants” (ce qui déjà dit beaucoup) ne concernaient finalement qu’une ou deux centaines de milliers de personnes, en comptant large. Mais il est maintenant à la tête d’un Etat qui fut grand, qui prétend l’être encore (et qui l’est, à certains égards) doté d’un peuple de 60 millions d’âmes, qui souffre et se rebelle d’être traité avec si peu d’égards, si peu de prestance, si peu de dignité.

Non, décidément, François n’est pas François, Hollande n’est pas Mitterrand.

Trop de gens qui l’appellent par son prénom et le tutoient ; trop d’insignifiance dans son parcours de petit-bourgeois bon élève dont le cursus manque cruellement d’aspérités ; trop peu de vécu dans une carrière banale d’apparatchik parisien, de gibier de cabinet et d’élu — certes accrocheur et méritant — mais dont l’épopée n’a jamais franchi les limites du plateau de Millevaches.

Parce que son double parcours de l’ENA et d’HEC en fait un parfait exécutant d’une politique libérale, européiste et atlantiste ; parce que sa carrière sous les lambris des palais nationaux ou ceux d’un département de la France rurale, entre deux réunions de commissions de congrès (celles où s’élabore “la synthèse” et où l’on se regroupe derrière le PPDC [2]), il est vain d’attendre de François Hollande le moindre souffle révolutionnaire, la plus petite étincelle d’audace, ni même la moindre proposition un tant soit peu originale.

N’en déplaise à ses zélotes, il fait même du Sarkozy à jet continu, courant après le moindre fait divers, distribuant breloques et médailles en chocolat ; et, bandant ses petits muscles, comme lui, avec les mêmes conseillers boutefeux, croit se refaire une santé par la guerre, déjà prêt pour la deuxième en quinze mois, ce qui constituerait sans conteste un joli record ! (A suivre).

P.-S.

Notes

[1] Du reste, dans son parti qui était encore son seul royaume, il n’hésitait pas à gouverner au chantage : « — Vous n’êtes pas d’accord ? Je m’en vais ! » « — Oh non, s’il vous plaît, restez, Président ! » …

[2] Plus petit dénominateur commun.

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