De la relégation… … des classes populaires par Bernard Langlois

Ecrit par : Bernard Brun - Le 15 septembre 2014

Le géographe Christophe Guilluy travaille depuis plusieurs années sur un sujet essentiel : celui de l’exil intérieur des classes populaires hors les villes, les grands centres urbains, les zones qui cumulent les accès à l’emploi, au logement, à la culture, à une vie sociale potentiellement riche ; bref la France des métropoles, celle des gagnants (relatifs) de la modernité et de la mondialisation, devenue trop chère pour eux et qui les a exilés dans ce qu’il appelle « La France périphérique », titre de son dernier livre [1].

Non pas nos banlieues proches, juste derrière le périph’, justement : celui de Paris ou ceux des grands centres urbains régionaux, où l’on a tendance depuis longtemps à localiser l’essentiel de la “question sociale”, où certes la vie n’est pas toute rose et les rapports intercommunautaires souvent tendus, mais où l’on distingue, selon l’auteur, « des signes de la réussite partielle des politiques publiques. »

Non, pas les banlieues, les “quartiers”.

Mais cette « France profonde », comme on dit, en déshérence. Celle des campagnes ignorées, des villages abandonnés, des petites villes oubliées de tous, ces communes qu’il classe, dans sa nomenclature : “populaires/fragiles”. Là où les commerces, les administrations, les services publics ont fermé ou ne sont plus qu’entrebaillés et où survit plus qu’elle ne vit vraiment une population d’ouvriers et d’employés souvent touchés par le chômage, de retraités à trois euros six sous, ceux que la dèche et l’isolement ont condamné à une sorte de relégation sociale : 72 % des Français, selon l’auteur, ce qui semble énorme…

Je n’en dit pas plus, n’ayant pas lu le livre, que j’ai découvert dans un dossier fouillé de Marianne [2] auquel je vous renvoie.

Ce tableau saisissant, pour tout dire assez terrifiant, d’une France que je connais bien pour y vivre, dit assez d’où sortent ces mouvements de colère, de révoltes de désespoir parfois — collectifs, comme les « bonnets rouges » bretons, par exemple, auxquels peu de politiques ont compris quelque chose ; ou individuels : ces “drames familiaux” , comme on dit dans la presse de certains faits divers sanglants, ou ces suicides en nombre de paysans ruinés…

Il dit aussi, Messieurs et Mesdames des beaux quartiers, des états-majors partisans, de la haute administration, et vous tous, belles âmes prêtes à faire barrage de vos corps bien nourris et pourvus de toutes leurs dents au « fascisme qui ne passera pas », il dit qui sont ces électeurs d’un Front national, d’une Marine Le Pen qui sait trouver des mots qu’on n’entend plus guère, fussent-ils porteurs d’illusions mortifères.

Et qu’ils choisissent en nombre croissant, maintenant que la gauche a trahi, pour exprimer leur douleur…

[1] Christophe Guilluy, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 186 p. 18 €.

[2] Le livre qui permet de comprendre les vraies fractures françaises, Eric Conan et Emmanuel Lévy, Marianne du 12 au 18 septembre.

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