J’écoute France Inter et ce matin j’ai beaucoup apprécié le billet de Simon Tivolle, et, je n’y ajouterais aucun commentaire!
Jean-Paul Laligant, 53 ans, est instituteur. 30 ans de carrière sans problème. En septembre 2008, c’était son premier jour de remplacement dans une classe de CM1 de la Côte-d’Or : il aurait mieux fait de se casser une jambe, ce jour-là !
- Pourquoi, que lui est-il arrivé à l’instituteur ?
Dans la classe, un gamin de 9 ans, Julien, perturbe ses petits camarades. L’instit raconte : « les enfants sont venus me dire que Julien n’arrêtait pas de montrer son zizi. Je l’ai fait venir à mon bureau. J’ai pris un cutter dans mon cartable et, pour ramener le calme, je lui ai dit sur le ton de la plaisanterie : je coupe tout ce qui dépasse ! » Jean-Paul se justifie : « Les gamins, quand je leur dis : je vais te tailler les oreilles en pointes, ou un truc comme ça, ils savent bien qu’on ne va pas le faire, que c’est pour rigoler »…
Les gamins, peut-être. Mais les parents, non. L’école, non. Les gendarmes, non. La justice, non.
En mai dernier, Jean-Paul Laligant a été condamné pour « violence sans incapacité sur mineur de moins de 15 ans. » Pour l’avocat général « l’infraction pénale est caractérisée ». Verdict : 500 euros d’amende. Ce n’est pas énorme, mais l’instit, lui, veut être déclaré « innocent ». Il a fait appel. Et on saura aujourd’hui, à 14 heures, si la justice maintient que l’instituteur est « coupable ».
Voilà. On dirait un sketch de Desproges dans le Tribunal des Flagrants Délires : « le gamin a montré son zizi, donc Mr Laligant est coupable »… Mais là, c’est pas drôle.
- C’est fou quand même ! Tout ça parce qu’il a dit au petit Julien je coupe tout ce qui dépasse ! Il est traumatisé, ce gamin ?
Même pas ! Il n’en a pas parlé à ses parents. Mais deux mois après, les gendarmes débarquaient dans la classe.
Voici, cette fois, la version de la mère du garçon. Elle dit : « mon fils n’a pas été traumatisé, mais les autres enfants, oui. Leurs parents sont venus en disant, vous vous rendez compte, ça fait peur, etc. Et des tissus d’âneries. J’ai déposé plainte… mais deux jours après j’ai voulu la retirer : j’en étais malade, je ne voulais pas que ça en arrive là »…
Trop tard, madame, la machine est en marche…
- Et que dis l’Ecole, après tout, l’institution scolaire c’est son travail, l’expertise éducative…
Houlala, c’est courage fuyons ! L’instit est suspendu de son boulot depuis plus d’un an – alors qu’il n’a frappé personne, qu’il n’a violé personne. Il a été abandonné en rase campagne par sa hiérarchie. Il a même peur de faire l’objet d’une sanction disciplinaire, et s’inquiète pour son avenir dans l’éducation nationale…
On dirait que tout est allé de travers dans cette affaire. Jean-Paul Laligant veut bien reconnaître que le cutter et ses propos n’étaient peut-être pas le top de l’éducation. Mais de là à en faire tout un fromage, cela en dit beaucoup sur notre drôle de société.
Le comportement du gamin de 9 ans, ce n’est pas de la faute de l’instit, quand même. Et la mère, qui est la seule à avoir porté plainte : elle a des remords, mais n’a-t-elle pas une responsabilité, elle ? Et les parents d’élèves, si rapide à mettre en accusation les profs de leurs gamins mal éduqués ! Et les gendarmes, et la justice, ils n’ont pas autre chose à faire de leur temps que de donner suite à cette histoire ridicule ?
L’an dernier, un prof de technologie qui avait donné une gifle à un élève qui l’avait traité de « connard » a été condamné à 500 € d’amende. Dans le même temps, 1800 enseignants ont été insultés, menacés ou agressés par leurs élèves.
J’ai envie de dire : parfois, y’a des coups de pied au c… qui se perdent ! Mais attention, oups! ça doit bien coûter dans les 1000 euros, devant un tribunal…