10000m : Pourquoi plus de « Pantel » aujourd’hui ?

Ecrit par : Bernard Brun - Le 11 avril 2018

 

Cette question m’a été posé à plusieurs reprises au cours des dernières années et tout dernièrement encore.

Tenter d’y répondre n’est, forcément, pas facile.

Je vais essayer néanmoins de le faire de la manière la plus honnête que je le peux, ce sera un mélange de bien des choses différentes :

L’entraînement. Les compétitions. Les adversaires

L’entraînement :

De cadet (1981) à sa fin de carrière, écourtée par la maladie, à 1998 nous avons compagnonné donc 17 ans.

Est-ce une des raisons de sa réussite ? J’en suis convaincu. La permanence est le gage d’une cohérence indispensable au progrès. Malheur aux papillonneurs en quelque sorte !

Je ne saurais parler d’entraînement sans évoquer la personnalité de Raymond Chanon le Conseiller Technique Départemental du Gard, il m’a appris tout ce que sont les bases de l’entraînement. Mais pas que cela, tout ce qui est dit et pas dit en dehors du pur cadre technique, la personnalité de l’entraîneur, son éthique, sa vie d’homme.

Nous avions travaillé sur le concept de la VMA dès 1977, sur le CAT Test, puis au fil du temps ce tutorat a évolué, je suis devenu « grand » !

TP en a « bouffé » de la VMA, du seuil anaérobie, mais aussi, ce qui est à mon avis une des particularités de son entraînement, le système lactique, tant au niveau puissance que capacitaire. Il était basé sur deux périodes bien distinctes, de novembre à fin mars les cross, d’avril à juillet la piste. Très occasionnellement la course sur route. J’étais aussi très souvent avec lui pendant ses entraînements. Je pense que c’est un point très important dans la progression du coureur, ce lien quasi quotidien, être toujours au plus juste, au plus précis. TP c’est toujours entraîné sur des stades proches de ses lieux de vie, Alès, Marignane, Sorgues et Bugeat. Tout le monde pouvait le voir, lui parler, le chronométrer. Pas de stages à l’autre bout du monde, une autre idée d’un champion !

Sur cet entraînement je dois dire que je n’ai pas pu partager avec les cadres fédéraux, j’ai toujours ressenti chez eux une sorte de défiance. En 1989 Pantel m’avait emmené à un stage de l’équipe de France à Aix Les Bains, l’accueil de Gacon et Vialle fut glacial, ils ne me voulaient pas, j’ai tenté de parler avec Gacon qui a gardé ses distances. J’ai pu parler avec Camille Vialle 10 ans plus tard et ce jour là sa parole c’est libérée…

Cette méfiance envers les entraîneurs de base je l’ai encore rencontré avec Pascal Machat quand la junior Caïna Bensalem n’a pas été retenu à un championnat d’Europe de cross « les entraîneurs français sont mauvais, regarde en Angleterre ». Que dire de Jean-François Pontier ? En 1983 c’est lui qui avait entraîné Pantel pendant son service militaire, il est toujours présent, on ne pas dire qu’il n’y a pas de continuité à la FFA !

Alors pourquoi cette absence de dialogue ?

J’ai lu avec une grande satisfaction à la page 31 du Projet de Performance Fédéral 2017-2024 au point 1-2-5 Animation de la spécialité : « Eviter les dogmes et multiplier la notion de singularité » je lis aussi : « Valoriser les entraîneurs » … attendre et voir ?

 

Le plus grand manque fut à n’en pas douter le suivi médical. Il est très difficile, encore aujourd’hui, de trouver les compétences médicales que demande le haut niveau, tant que ça va…la chance…

La mononucléose de février 1991 a été le « début de la fin », malgré le mondial de cross 1992 et le beau mois de juin 1993… Nous n’avons rencontré un nutritionniste, Denis Riché, qu’en 1994. Les ennuis se succédant, aucun toubib en France n’a été capable de trouver le pourquoi…c’est Riché qui m’a mis en contact avec le docteur Eric Ryckaert, connu par l’affaire Festina, qui a découvert très rapidement que Thierry souffrait d’une déficience au niveau des glandes parathyroïdes, « la messe était dite ».

 

La compétition

Ceux qui ont vu courir TP se souviennent de sa foulée et aussi de sa tactique offensive avec des attaques, des prises de risques, que ce soit en cross ou sur piste. Vivre « sa » course, ne pas subir !

Il n’a gagné qu’un titre de champion de France de cross alors qu’il avait remporté plusieurs années le challenge des cross français (Mutuelles du Mans) sorte de classement au point.

Son record de France du 10000m en 1990 en 27’31’’16 fut la 6ème performance mondiale de cette année-là.

Pourtant la fédé ne lui faisait pas de cadeaux ! Je me souviens d’un championnat de France de 10000m à Narbonne en 1992, 28°, seul à partir du 6000m, 28’13’’92, longtemps record de championnat. Loin des minimas pour les JO de Barcelone, Robert Bobin président de la FFA lui a dit sur le podium « si tu veux aller au JO il te faut battre le record de France ». Thierry a été faire ses minimas tout de même et à Barcelone où il abandonna le jugement sévère porté par le DTN de l’époque Serge Bord restera toujours dans ma mémoire !

La rareté des 10000m posait déjà des problèmes. Si Thierry a pu rentrer dans des 10000m de niveau international c’était grâce à son équipementier. Depuis la situation a empiré dans la Coupe des Nations le 10000m a été remplacé par un…3000m ! Et en France le 10000m est devenu le vilain petit canard avec un championnat en avril ! Comment en effet être au top pour le championnat national en avril et l’être à nouveau pour les échéances internationales en août ? Je salue ici le travail remarquable mené par Loïc Rapinel depuis deux ans pour rénover cette belle épreuve !

Un point important aussi : les aspects économiques. Pantel gagnait correctement sa vie avec sa saison hivernale ce qui lui permettait l’été de se consacrer à la piste qui elle ne lui rapportait aucun subside. Aujourd’hui le cross ne nourrit pas son homme, donc les coureurs vont faire de « l’alimentaire » sur la route et par voie de conséquence délaissent la piste. Thierry courrait des 1500 et des 3000, aujourd’hui qui le fait ?

Un dernier point « tabou ». Le dopage. Je me répète en 1990 avec son record de France Pantel se situait au 6ème rang mondial aujourd’hui 27’30’’ c’est la fin d’un semi ! Bien-sûr quand on évoque le dopage on se tourne vers d’autres cieux et chez nous en France, pas de dopage ? Combien de records de France propre à ce jour ? Je laisse à chacun le soin de faire son analyse ! Un exemple, dans notre ligue Occitanie je vois que le record du marathon est de 2h08’33’’ (Kiprotich), record qui ne sera jamais battu…

Le dopage a permis à des coureurs « moyennas » de ramasser primes et contrats d’équipementiers pendant que pendant ce temps là de très bons coureurs ramaient sec ! Toujours dans les records de ma Ligue Occitanie, tous d’Alès :

Rouquet 10km 30’19’’ en junior et espoir

Pages semi 1’10’48 en junior et 1h06’09’’ en espoir

Boucena 14’04’’65 sur 5000m

Pantel Pierrot 29’57’’07

Que sont-ils devenus ?

 

Les adversaires

La France a connu pendant cette période une belle brochette de coureurs les « anciens » Levisse et Watrice, les « jeunes loups » Arpin, Prianon, Laventure et Fréchard, Martins et puis ceux qui n’étaient pas dans le même registre Thiébaut, Itsweire, etc.

Pour les « cogner » ces mecs là il faillait élever son niveau !

Je les salue ici ainsi que leurs entraîneurs, notamment ceux que j’ai le plus rencontré Darras et Granier (l’entraîneur d’Arpin), sans oublier Carfantan.